Ambassadeurs de la semaine d'accueil à Ottawa 2026
Kais Al-Irani
Oncle Kais
Pendant 12 longues années, Radwan Hubaish a rêvé de venir au Canada. Lorsqu’il en a parlé à ses amis au Yémen, ceux-ci ont cru qu’il plaisantait. Il a étudié tous les aspects du pays où il espérait un jour s’installer.
Au Yémen, il était journaliste dans une chaîne de télévision locale. Lorsque la guerre a éclaté, il n’a plus pu se rendre dans son village. Sa mère lui a dit : « Si tu m’aimes, tu quitteras ce pays ».
Il s’est d’abord rendu en Algérie, où il est resté bloqué à l’aéroport pendant une semaine, les autorités refusant de le laisser partir. Elles se demandaient pourquoi il s’était rendu ici sans connaître personne. Ses sept années en Algérie ont été extrêmement difficiles. Il ne trouvait pas de travail. On ne lui accordait pas le statut de réfugié. C’était une lutte pour survivre. Mais le rêve canadien restait toujours présent dans un coin de son esprit. Il a déposé une demande pour venir en tant que réfugié.
Il a ensuite trouvé un emploi dans un bureau local des Nations Unies. Après six mois de formation, il a enseigné aux réfugiés comment créer des entreprises en ligne. Alors qu’il envisageait de quitter le pays illégalement par bateau, les Nations Unies lui ont annoncé que sa demande d’asile avait été acceptée. Deux mois plus tard, en décembre 2022, il est arrivé au Canada. Enfin! Il a envoyé une photo de lui devant un drapeau canadien à ses amis algériens pour leur prouver qu’il était bien là.
Après un court séjour à Brantford, en Ontario, il a choisi de s’installer à Ottawa. Sa femme parlait français et il allait inscrire leurs trois enfants dans une école francophone.
Sa première nuit à Ottawa, marquée par une tempête de neige et un froid glacial, a été une expérience qui lui a permis de vraiment comprendre le sens de la gentillesse.
La famille n’avait jamais connu un froid pareil. « Je me souviens encore de notre première nuit en ville, fin février », explique Radwan. « C’était très difficile d’atteindre ne serait-ce que la porte à cause de la neige abondante ».
Des inconnus ont déblayé la neige devant la maison pour leur permettre d’entrer. « Nous étions très reconnaissants envers ce couple qui est resté à nos côtés par ce froid glacial cette nuit-là », se souvient Radwan.
Un ami qui vivait à Ottawa avait visité la maison avant leur arrivée et les aidait parfois par la suite en les conduisant faire des courses.
Alors qu’ils se blottissaient dans cette maison presque vide lors de cette première nuit, il y a une personne que la famille n’oubliera jamais. « Kais Al-Irani a frappé à la porte avec un sourire dont je me souviens encore aujourd’hui », remarque Radwan. « Il apportait des vêtements, des couvertures et de quoi manger. Dans notre dialecte yéménite, il a dit : « Bienvenue à Ottawa ». Puis il m’a donné son numéro et m’a dit : « Si tu as besoin de quoi que ce soit, appelle-moi ».
« Celui que nous considérons comme un héros, c’est Kais Al-Irani », remarque Radwan. « Imaginez quelqu’un que vous n’avez jamais vu de votre vie, debout devant votre porte par une nuit glaciale et orageuse, alors que vous vous demandez comment votre famille va pouvoir dormir à même le sol, sans rien pour se couvrir ».
Kais travaille au Centre de recherches pour le développement international. Son altruisme trouve son origine dans son parcours de leader en développement communautaire. Au Yémen, il a aidé des femmes grâce à des programmes de micro-entrepreneuriat.
Depuis son arrivée au Canada il y a plus de sept ans, et après avoir lui-même fait face aux défis de l’établissement, il s’est donné pour mission d’aider les nouveaux arrivants.
Il préside « Friend of Yemen », une organisation sans but lucratif basée à Ottawa. « J’ai remarqué l’afflux d’immigrants en provenance du Yémen, alors j’ai créé cette organisation avec quelques amis afin de leur apporter un soutien. Je suis heureux quand j’aide ceux qui en ont besoin », explique-t-il.
En plus d’offrir des conseils directs, de partager son expérience et de répondre aux questions, il met les nouveaux arrivants en relation avec d’autres personnes et les oriente vers des organisations en fonction de leurs besoins. Il organise également des événements et des activités pour aider les nouveaux arrivants à mieux comprendre la vie à Ottawa et à s’y sentir chez eux.
« Un réseau social est essentiel, mais il est également vital que les gens s’immergent dans la nature », explique Kais. « C’est pourquoi j’organise des événements en plein air. Nozha, une activité de randonnée, se déroule tout au long de l’année, quel que soit le temps ». Chaque fin de semaine, les participants de son groupe WhatsApp, qui compte 300 membres, se réunissent pour profiter de la nature, faire de l’exercice et se faire des amis.
« C’est un honneur d’être reconnu pour avoir aidé les autres », déclare Kais. « Je voudrais partager cette reconnaissance avec tous ceux qui ont collaboré avec moi pour aider les autres dans cette merveilleuse ville ».
Kais reste un ami proche de la famille Hubaish. « Mes enfants l’apprécient beaucoup », dit Radwan. « Ils se souviendront toujours de la pêche sur glace avec lui, même si mon fils Adam a été déçu d’apprendre qu’il devait remettre le poisson à l’eau! »
Il les a aidés à s’adapter à leur nouveau pays. « Grâce à Friends of Yemen et à ses nombreuses activités communautaires, de nombreuses familles, dont la mienne, ont bénéficié de sa générosité et de sa gentillesse », remarque Radwan. « Nous ne pourrons jamais assez le remercier pour ce qu’il a fait pour nous ».
Radwan travaille désormais comme concierge polyvalent au sein du Conseil scolaire du district d’Ottawa-Carleton. Il a suivi une formation en ligne d’un an pour devenir gestionnaire de dossiers d’immigration. Son objectif à long terme est de travailler pour Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada. Il souhaite aider d’autres personnes à immigrer au Canada et à réaliser le rêve qui s’est concrétisé pour lui.
Radwan, qui avait fait du bénévolat au Yémen auprès de personnes atteintes de thalassémie, une maladie du sang, continue de faire du bénévolat dans son nouveau pays. Il a commencé par s’engager auprès de la communauté indo-canadienne. « J’ai vu à quel point ils se soutiennent mutuellement et travaillent ensemble, et j’ai beaucoup appris sur le bénévolat et le travail communautaire », se souvient Radwan.
Il encourage les autres nouveaux arrivants à découvrir les avantages du bénévolat, puisqu’il travaille désormais avec Kais pour venir en aide aux autres. « Faites-en votre premier pas pour trouver du travail, nouer des relations et comprendre la communauté », dit-il. « Même après avoir trouvé un emploi, n’oubliez pas de consacrer un peu de temps au bénévolat ».
Radwan espère également obtenir un soutien supplémentaire de la part des parents, de la communauté d’Ottawa et des organismes gouvernementaux pour l’association Friends of Yemen. « Ce projet peut aider les familles à se sentir intégrées et soutenues, et c’est très important pour les enfants », explique-t-il.
Il gardera toujours une affection particulière pour son ami Kais et la façon dont celui-ci l’a accueilli au Canada. Même si sa famille restée au Yémen lui manque, il s’est construit une nouvelle famille ici. « Mes enfants l’appellent oncle Kais », conclut Radwan.