Ambassadeurs de la semaine d'accueil à Ottawa 2025
Antoinette Irarera
Trouver un modèle dans un nouveau pays

La famille d’Annie Victoire Aminfack Ndonfack a dû faire face à de nombreux défis après avoir immigré du Cameroun en 2023 dans le cadre du programme des candidats de la province de l’Ontario.
Au départ, ils avaient prévu de s’installer à Toronto, mais deux jours avant leur arrivée, leur contrat de location a été annulé. La famille de sept personnes (Annie Victore, son mari et leurs enfants âgés de 15, 10 et 7 ans, ainsi que des jumeaux de 5 ans) a donc séjourné chez le cousin de l’ami de son beau-frère à Valleyfield, au Québec.
Ils ont décidé de s’installer à Ottawa, mais sans emploi et avec un mari étudiant à temps plein, les options de logement étaient limitées.
Une amie leur a parlé de Résilience Active des Familles Immigrantes en Ontario (RAFIO). Elle a ensuite rencontré Antoinette Irarera, directrice générale de l’organisation, dont le sourire et la gentillesse ont immédiatement apaisé son stress.
Ils avaient déjà visité une organisation d’aide à l’établissement qui ne pouvait pas les aider, car ils étaient déjà résidents permanents. « À RAFIO, nous nous sommes sentis écoutés et soutenus », se souvient Annie Victoire. « Pour la première fois depuis notre arrivée au Canada, j’ai commencé à oublier mes problèmes. Nous avons gagné une famille au Canada »
Antoinette a aidé la famille à trouver un logement (avec le beau-frère et le cousin de l’ami de son beau frère de la famille comme garants), les a mis en contact avec une banque alimentaire à Vanier et leur a donné des vêtements d’hiver.
Lorsque Annie Victoire a commencé ses études en Techniques de travail social au Collège La Cité, elle s’inquiétait de savoir où elle trouverait un stage. Elle a eu de la difficulté à trouver un milieu de stage parce que qu’elle n’etais pas bilingue.
Son enseignante a contacté RAFIO pour lui trouver un stage et Antoinette l’a acceptée. « Elle croyait en moi et faisait confiance à la recommandation de mon enseignante », explique Annie Victoire. « Elle est comme une grande sœur qui m’a montré les ficelles du métier. Antoinette m’a fait sentir que j’avais ma place au Canada »
RAFIO, une petite organisation qui ne bénéficie pas d’un financement public important, a ouvert ses portes à Annie Victoire et lui a permis d’acquérir une expérience précieuse. « Elle m’a fait confiance pour diriger des activités et rédiger des rapports et des projets aussi », explique Annie Victoire. « À la fin de mon stage, elle m’a invitée à continuer en tant que bénévole, car cela pourrait déboucher sur des perspectives d’emploi. »
Elle ne beneficie pas actuellement de financement, et espère qu’en travaillant ensemble sur les projets de financement on pourra y arriver. « Elle a même proposé mon CV à ses pertenaires et m’a très bien recommandé pour qu’ils me recrute, mais malheureusement, ils lui ont fait comprendre que les postes ouvert étaient destinés aux personnes bilingue, » ajoute Annie Victoire. « Étant donné que moi-même en postulant de mon côté je n’avais aucune reponse, elle m’a proposé de travailler avec elle dans l’espoir d’obtenir des financements qui lui permettrons de me recruter. Son fils de 15 ans est également bénévole dans cette organisation.
« Je traite les gens comme j’aurais aimé être traitée lorsque je suis arrivée ici en tant que réfugiée. J’ai dû quitter un très bon emploi au Burundi et un niveau de vie comfortable, car j’étais en danger. En demandant l’asile, je me suis sentie réduite à néant ».
Antoinette se souvient de la situation précaire dans laquelle elle vivait dans un refuge pour sans-abri à son arrivée à Ottawa. « À ce moment-là, je me demandais si j’allais survivre », dit-elle. Elle avait laissé filles adoptives, une au Rwanda et l’autre au Burundi dans un lieu reculé du pays pour les études secondaires. Elle avait laissé une grande partie de ses moyens au Burundi lorsqu’elle s’était enfuie. « Je savais que si je m’en sortais, j’aiderais les autres ».
Elle a appris la résilience et la persévérance au fil du temps. Après avoir cherché partout un logement plus sûr où elle ne serait pas victime de racisme et d’impolitesse, elle a convaincu des religieuses de l’accueillir. « C’était une lueur d’espoir », dit-elle. « J’ai emménagé à Harmony House et j’ai trouvé un emploi à temps partiel chez une famille de Gatineau avec qui je suis devenue amie ».
Le CESOC l’a aidée à trouver un emploi à la Caisse Populaire Desjardins dans la petite ville d’Alfred et avec cette expérience, elle a trouvé un contrat d’une année pour un travail de ses rêves dans une organisation communautaire appelée Hull en Santé. Finalement, ses enfants l’ont rejointe.
Grâce à son expérience à la tête du projet conjoint entre l’UNICEF et le Centre Ubuntu au Burundi, elle avait toujours voulu travailler pour une organisation communautaire. Il y a cinq ans, elle a fondé RAFIO. « Je voulais créer une organisation pour toutes les personnes qui se trouvaient dans la même situation que celle que j’avais vécue », explique Antoinette.
« J’ai vu en Annie Victoire une femme déterminée et courageuse », explique Antoinette. « Une mère de cinq enfants très occupée, qui n’était ni épuisée ni plaintive, mais toujours souriante. La vie peut être difficile ici, avec les stéréotypes sur les immigrants. Je me suis mise à sa place et j’ai vu une femme qui ira loin dans la vie ».
Annie Victoire admire le grand cœur d’Antoinette, son impartialité, son calme et sa capacité à écouter activement avec empathie. Elle se souvient d’un événement organisé à l’occasion du Mois de l’histoire des Noirs, où Antoinette a réuni 30 personnes âgées isolées et a organisé et payé de sa poche leur transport vers la banlieue d’Orléans.
« Ils ne sortaient pas beaucoup et beaucoup d’entre eux avaient des difficultés à se déplacer », raconte-t-elle. « J’ai vu avec quel plaisir ils la regardaient lorsqu’elle prenait le temps de parler à chacun d’entre eux pendant l’événement. Même avec des béquilles suite à un accident au travail, elle a réussi à trouver des moyens de déplacements en taxie pour que chacun puisse rentrer chez soi ».
Antoinette a perdu ses deux parents pendant la guerre et a été adoptée par une famille merveilleuse. « Ils m’ont appris à vivre et à surmonter les horreurs de mon passé », explique-t-elle. « Ils ont été des modèles incroyables pour moi et ont tout fait pour que je devienne la personne que je suis aujourd’hui ».
Aujourd’hui, Annie Victoire admire Antoinette de la même manière. «Elle trouve toujours un moyen d’aider tout le monde », dit-elle. « Elle est mon modèle et j’aspire à devenir comme elle ».