Ambassadeurs de la semaine d'accueil à Ottawa 2025

Jean Christie

Construire ensemble la communauté

Magdalene Cooman se souvient de son vol de sept heures vers le Canada en juin 2003, remplie de larmes et d’un profond sentiment d’incertitude. Elle vivait la douleur d’un mariage brisé et la décision difficile de laisser ses trois enfants (âgés de 6, 9 et 13 ans) à Sainte-Lucie.

Dans son désespoir, elle s’est abandonnée à une puissance supérieure, demandant conseil car elle se sentait incapable de prendre des décisions judicieuses après une série d’échecs personnels.

« Avec le recul, je ne peux que décrire ma première année comme remplie de bénédictions inattendues et de ce qui ressemblait à de purs miracles, et tout a commencé avec une femme remarquable : Jean Christie », se souvient Magdalene. « Sans son soutien désintéressé et inébranlable, ma propre histoire d’intégration aurait été radicalement différente et beaucoup plus difficile ».

Un ami commun des Caraïbes lui avait dit : « Quand tu arriveras au Canada, appelle Jean Christie. Elle fera tout ce qu’elle peut pour vous aider ».

Magdalene était loin de se douter de la portée de cette promesse. Quelques jours après son arrivée, confrontée à une instabilité inattendue en matière de logement, elle a pris contact avec Jean. Sans hésiter, Jean l’a invitée à déjeuner et leur relation a été immédiate et profonde.

Au cours de ce déjeuner, Jean a écouté avec une incroyable empathie Magdalene raconter son histoire. Jean venait de perdre son mari, ce qui a créé une entente tacite entre elles.

« À la fin de notre conversation, cette parfaite inconnue m’a offert une bouée de sauvetage, un acte de gentillesse désintéressé qui n’a pas de prix », explique Magdalene. Jean m’a dit : « J’ai une grande maison et je vis seule. Si jamais vous avez besoin d’un endroit où rester, vous êtes toujours la bienvenue chez moi ».

Ce soir-là, la situation de Magdalene s’est dégradée et, le lendemain, Jean est venue la chercher pour l’installer chez elle. « Cet arrangement temporaire s’est transformé en une année entière de vie sans loyer, au cours de laquelle Jean a veillé à mon bienêtre de toutes les manières imaginables », explique Magdalene.

« Ouvrir sa maison à moi, une étrangère, n’est pas quelque chose que tout le monde ferait » dit Magdalene. « Elle m’a enlevé un énorme fardeau et je lui en serai toujours reconnaissante. La confiance réciproque qui s’est développée entre nous est devenue la pierre angulaire de mes premières années dans cette nouvelle société ».

Cette stabilité a apporté à Magdalene la sûreté et la sécurité indispensables pour s’orienter dans un environnement inconnu. « Cela m’a permis de me concentrer sur la reconstruction de ma vie sans la pression immédiate et écrasante de la recherche d’un logement », explique Magdalene.

« J’avais une maison avec plus d’espace que je n’en avais besoin », dit Jean. « J’ai toujours aimé recevoir des visiteurs chez moi et, après notre première rencontre, j’ai su que Magdalene serait d’une charmante compagnie ».

Le soutien de Jean est allé bien au-delà de la fourniture d’un abri et d’une aide financière.

Elle a présenté Magdalene à Franklyn Harvey (décédé depuis), qui a appris qu’elle hésitait à poursuivre sa carrière d’enseignante au Canada en raison des exigences en matière d’autorisation d’exercer. Il a identifié son expérience dans le domaine de la facilitation pour adultes comme une voie de carrière viable. Franklyn l’a mise en contact avec Dominique Dennery, qui l’a engagée comme consultante/facilitatrice pour un projet gouvernemental et qui est devenue un puissant modèle de carrière.

La famille de Jean a accueilli Magdalene, l’invitant aux réunions de famille et aux escapades de fin de semaine dans le chalet familial.

« Elle m’a présentée à beaucoup de ses amis, ce qui a contribué à mon intégration sociale », ajoute Magdalene.

L’une de ces amies, Brenda, lui a donné l’occasion de donner des cours particuliers d’anglais à Jimmy, un garçon ougandais récemment adopté par une famille canadienne. « Passer l’été à donner des cours à Jimmy n’était pas seulement une source de revenus, mais cela m’a aussi aidée à surmonter ma propre peine d’être séparée de mes enfants », se souvient Magdalene.

Jean l’a présentée à Maya, qui l’a emmenée à des concerts et à des pièces de théâtre, ainsi qu’à des dîners chez elle. Magdalene se souvient avec émotion de la façon dont Maya a partagé un déjeuner avec elle à son bureau, juste avant son décès.

Les voisins de Jean, Ron et Madeleine, ont aidé Magdalene à emménager dans son premier appartement et l’ont entièrement meublé.

« Tout au long de cette première année difficile, la générosité de Jean m’a permis d’économiser l’argent que je gagnais afin de pouvoir éventuellement faire venir mes enfants au Canada et construire une base stable pour notre nouvelle vie », remarque Magdalene. « Lorsque mes enfants sont arrivés, nous avions un foyer chaleureux et accueillant qui les attendait, tout cela grâce à l’aide initiale de Jean ».

Magdalene se souvient de la joie que Jean a ressentie à l’arrivée de ses enfants à Ottawa et des efforts qu’elle a déployés pour s’assurer qu’ils s’adaptaient bien en leur offrant conseils et soutien et en jouant un rôle essentiel dans l’intégration réussie de la famille.

« Jean nous accueillait fréquemment, offrant un second foyer à mes enfants », explique Magdalene. « Elle nous a même offert une adhésion familiale annuelle au YMCA-YWCA, où mes enfants se sont fait des amis, se sont inscrits à des clubs et ont développé un sentiment d’appartenance. Quand vous voyez vos enfants heureux, vous êtes heureux! Mes enfants l’appellent affectueusement « Tante Jean », ce qui témoigne du lien familial profond et durable que nous avons tissé au fil des ans ».

Même 22 ans plus tard, leur lien reste fort. Jean a récemment rendu visite à Magdalene pendant trois semaines à Grenade, où elle travaille comme volontaire pour CUSO International. Jean avait dit en plaisantant que chaque fois qu’elle se rendrait aux Caraïbes, elle espérait qu’il y aurait un « appartement de grand-mère » pour qu’elle puisse lui rendre visite!

Magdalene n’oubliera jamais la générosité désintéressée de Jean, ses relations proactives au sein de la communauté et son attention sincère qui ont dépassé toutes les attentes. « Son histoire témoigne du pouvoir de la gentillesse individuelle, de la confiance et de l’importance vitale de la sécurité et de réseaux sociaux solides dans la construction d’une communauté plus forte et plus accueillante pour tous les nouveaux arrivants », déclare Magdalene.

Jean a également fait du bénévolat en aidant les nouveaux arrivants à la recherche d’un emploi et en encadrant des femmes racialisées au  World Skills Employment Centre. Elle a également été présidente du conseil d’administration d’Immigrant Women Services Ottawa.

Jean réfléchit à la façon dont elle a bénéficié de leur amitié à un moment difficile de sa propre vie. « Dès le début, cela a fonctionné dans les deux sens : une nouvelle amie et une jeune famille pour moi », explique Jean. « J’étais ravie que Magdalene et ses trois enfants fassent partie de ma vie, car je vivais seule dans une grande maison vide ».

Lorsque le père de Jean est décédé, Magdalene était là pour l’aider à vider sa maison.

Au fil des ans, Jean a assisté aux remises de diplômes des enfants et a célébré leurs anniversaires et leurs fêtes. Elle a également rencontré de nombreux amis grâce à Magdalene. « Ils étaient la chose parfaite qui devait m’arriver à ce moment de ma vie », s’exclame-t-elle. « J’ai eu de la chance qu’ils n’aient déménagé qu’à quelques rues de chez moi! »

« J’ai beaucoup bougé, j’ai vécu à l’étranger, et je sais que des gestes simples pour accueillir les nouveaux arrivants peuvent contribuer à créer le genre d’endroit où nous voulons tous vivre, où nous ne nous sentons pas seuls », déclare Jean. « Nous sommes meilleurs en tant que communauté lorsque nous comprenons que les différences sont un atout.  Si nous pouvions tous faire de petites choses pour que les gens sentent qu’ils font partie d’un quartier, nous pourrions créer une ville plus accueillante. Cela peut être aussi simple que d’apprendre le nom de son voisin et de s’arrêter pour discuter ».

Magdalene s’est promis qu’un jour, elle rendrait la pareille à Jean. Et c’est ce qu’elle a fait, en offrant à un jeune sans-abri une chambre chez elle.

« Je pense que les bonnes choses ont tendance à se multiplier », conclut Jean. « En créant des opportunités pour que les gens puissent être plus que ce que leur situation actuelle leur permet, on peut vraiment aider à construire la communauté ».

Il est clair que Jean et Magdalene partagent cette valeur et qu’ensemble, elles CONSTRUISENT une communauté.